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24 septembre 2007

ENA

Comme d’habitude, les mauvaises nouvelles nous parviennent par un canal informel, en l’occurrence radio-moquette, seul média vraiment indépendant de la publicité. « Il paraît qu’il va y avoir des changements à la DSI », susurre-t-on. Et comme d’habitude, les premiers concernés sont les derniers avertis ! Des changements à la DSI ? A la différence des radios traditionnelles, on ne peut pas téléphoner pour connaître la suite du programme. En questionnant les uns et les autres, j’ai appris que notre PDG, Pierre-Henri Sapert Bocoup avait l’idée de me remplacer « par un énarque de ses amis qui se trouve trop à l’étroit comme chef de cabinet du secrétaire d’Etat aux Anciens combattants ».

Certes, les anciens combattants, je connais, j’ai encore dans mes équipes un certain nombre de cobolistes et de rescapés de la révolution e-business, vous savez, celle où les slogans étaient « il est interdit d’interdire de faire des pertes ». Un énarque à la tête de la DSI de Moudelab & Flouze Industries ? Quelle idée ! Heureusement, j’ai un accès direct au bureau de notre PDG, avantage acquis de haute main en tant que membre du comité de direction. « ne vous inquiétez pas, mon cher Séhiaud, c’est une éventualité pour rendre service à un vieil ami, je n’ai encore rien décidé», me rassure PHSB, qui ajoute : « cela ne changera rien pour vous ». En clair, je continuerai à gérer l’opérationnel et ses désagréments et notre énarque récupérera les lauriers, en tant que super DSI. « Depuis le temps que vous tu lui casses les pieds avec le fait qu’un DSI doit être proche du business et oublier la technique, cela devait arriver…», me dit Hubert Henron, notre DAF, à qui je fais part de mes inquiétudes.

Il n’a pas tort : je n’ai jamais cessé d’insister sur le fait qu’un DSI qui ne connaît rien à la technologie peut être aussi compétent que celui qui a passé des années à se coltiner des cahiers des charges, à bricoler du code source ou à re-re-re-tester des applications congénitalement bancales. « M’enfin », comme dirait Gaston Lagaffe, ce n’est pas un raison pour me coller un énarque au dessus de moi, même avec une augmentation de salaire à la clé et un budget projets supplémentaire ! Finalement, le recrutement de l’énarque ne s’est jamais faite. Notre PDG s’est aperçu que l’ambiance d’une DSI n’a rien à voir avec celle d’un cabinet ministériel, même si nous aussi, nous avons notre lot de jeux de pouvoir, de placardisés, d’egos surdimensionnés et d’improductifs.

23 août 2007

Pas copains d’avant

C’est extraordinaire comme le milieu des fournisseurs est consanguin. La semaine dernière, j’ai eu un appel du patron d’une filiale d’un grand éditeur américain, qui souhaite me donner de ses nouvelles. Et m’informer qu’il a changé de crémerie : il n’est plus chez Meyer Saynou Leymeyer, un éditeur de logiciels « leader sur son marché », mais chez Vazy Jtembrouye, un éditeur de logiciels « leader sur sons marché ». Il tient à m’expliquer la stratégie de sa nouvelle société. « Nos produits répondent à vos besoins… Forcément, puisque nous sommes leader sur notre marché. ! » Evidemment…

« Et nos logiciels sont bien mieux que ceux de la concurrence ». Je lui répond qu’il me disait la même chose lorsqu’il était chez le concurrent en question. « Oui, mais ce n’est pas pareil ». Evidemment… Je suis toujours étonné de la facilité avec laquelle tout dirigeant de filiale de constructeur ou d’éditeurs de logiciels qui change d’employeur adopte d’emblée le discours commercial comme s’il était tombé dedans quand il était petit. Ce n’est plus une piqûre, c’est carrément une perfusion ! Moi, j’aurais du mal à m’adapter à ce type de situation.
C’est vrai que, souvent, nous sommes contraints de dire, un jour, le contraire de ce que nous avons affirmé la veille, mais c’est pour la bonne cause : décrocher un budget, se débarrasser d’un fournisseur encombrant et collant, éviter d’augmenter le salaire d’un collaborateur… Mais pour pratiquer l’exercice à l’échelle industrielle (on voit des dirigeants et des commerciaux qui ont fait quasiment tous les fournisseurs du marché), il faut un sacré talent de comédien. Nous, DSI, ne sommes, sur ce terrain, que de modestes intermittents du spectacle…

16 juillet 2007

Mieux vaut être sourd...

Il en est des systèmes d’information comme de l’œil. À l’image de cet organe fondamental de l’être humain, qui peut être atteint de troubles plus ou moins prononcés, le monde des technologies de l’information est lui aussi sujet à des dégénérescences. Dans les DSI aussi, on rencontre des troubles de la myopie, de l’astigmatisme, de l’hypermétropie, de la presbytie, voire, et c’est plus grave, des affections telles que le glaucome ou la cataracte.

La myopie entraîne une mauvaise vue des objets éloignés sans toucher à la vision de près. L’image de l’objet apparaît alors en avant de la rétine donc de manière floue. Cela ne vous rappelle-t-il pas l’attitude des utilisateurs, prompts à regarder de très près leurs problèmes informatiques personnels, sans avoir une vision nette de ce que font les informaticiens ?

L’astigmatisme, lui, est un défaut optique qui provoque une déformation de la vision résultant d’une courbure inégale de la cornée et plus rarement du cristallin ou de l’ensemble du globe oculaire. Cela ne ressemble-t-il pas à l’opinion d’un DAF face à un budget informatique ?
L’hypermétropie entraîne une vision floue de loin qui s’accentue de près à cause d’une trop courte longueur axiale du globe oculaire. Là, c’est l’attitude type d’une direction générale : aucune vision, ni de près ni de loin, n’est exprimée. Même avec des lunettes…

Autre mal courant : la presbytie. Elle affecte la vision de près du fait d’une perte progressive de la souplesse du cristallin, liée au processus de vieillissement naturel. Si votre système d’information regroupe encore beaucoup d’applications développées il y a plus de vingt ans, vous êtes probablement victime de cette affection communément appelée (pas par les ophtalmos) le “legacy emmerdment maximum syndrom”.
Et le glaucome ? C’est une maladie du nerf optique due à une élévation trop forte de la pression intra-oculaire. La vision se brouille, des maux de tête apparaissent… pouvant aboutir à la cécité. Ce sont, hélas, nous autres DSI, qui sommes le plus souvent victimes de ce mal. Il est vrai que les DG ne se privent pas pour nous rajouter de la pression. Quant aux maux de tête, il suffit de quelques réunions de pilotage de projets pour les générer.

On peut aussi être atteint par la cataracte, une affection du cristallin, lentille située au départ derrière la pupille. Avec le vieillissement, le diabète, les traitements répétés à la cortisone ou plus rarement pour une cause congénitale, le cristallin s’opacifie progressivement et entraîne une baisse d’acuité visuelle. C’est le régime de choc pour une DSI : remplacez cristallin par “compétences”, vieillissement par “succession de schémas directeurs”, diabète par “bogues”, traitements répétés à la cortisone par “relations difficiles avec les fournisseurs” et cause congénitale par “DSI n’ayant pas le niveau”, et vous obtiendrez les ingrédients qui mènent une DSI à sa perte.

Enfin, le pire : la DMLA (dégénérescence maculaire liée à l’âge), qui se traduit par une atteinte du macula, la partie centrale de la rétine. Elle entraîne une baisse de l’acuité visuelle et une sensation de manque d’éclairage. Elle devient handicapante, empêche de lire, de conduire et même de discerner des personnes. Pour autant, la vision périphérique reste intacte. Difficile à traiter, elle mène au final à la cécité. Dans ce cas, il ne reste plus au DSI qu’à changer de métier ou demander la liquidation de ses droits à la retraite.

12 juillet 2007

ca blogue dur

Nos technologues n’ont pas encore inventé la machine high-tech à remonter le temps. C’est dommage. Mais, en réalité, nous n’en avons pas besoin. On a vraiment l’impression que l’histoire récente se répète. Que voit-on dans la presse ? Que les start-up refont parler d’elles, comme au bon vieux temps de la fin du XXème siècle, que le e-commerce repart de plus belle et que de nouveaux créneaux apparaissent. Je veux parler des incontournables blogs.

Certes, on nous affirme que ce n’est pas pareil : les start-up actuelles peuvent prouver qu’elles génèrent du chiffre d’affaires. Par rapport à celles de la fin des années 1990 et du début des années 2000, cela fait effectivement une différence. Mais, bon, Enron, Worldcom et Parmalat dégageaient aussi du chiffre d’affaires avant que l’on s’aperçoivent qu’il ne s’agissait que du vent soufflé par escrocs de grande envergure.

On devrait logiquement voir arriver de nouvelles start-up, dans le sillage de celles qui gagnent (un peu) d’argent, arguant du fait qu’elles aussi, elles ont un avenir prometteur. Jusqu’à une nouvelle bulle ? C’est probable. L’indice en sera le volume des introductions en bourse et les hausses de valorisations. Le e-commerce ? C’est vrai, il redémarre mais le secteur va devenir de plus en plus encombré. Les blogs, eux, sont un phénomène nouveau et ils font penser au foisonnement des start-up que l’on a déjà connu.

Nul doute que les annonceurs vont s’y intéresser davantage pour y placer des bandeaux et autres pop-up. Qui n’a pas son blog ? Même les grands patrons s’y mettent. Le mien, Pierre-Henri Sapert-Bocoup, en a un. On y apprend rien, et, de généralités sur l’état de l’économie en banalités sur les « impératifs du management du capital humain » (alors qu’il vient de s’octroyer une augmentation de salaires de 23,45% pour 2005), on perd son temps. Le problème est que pour nous, DSI, dans les dîners en ville, celui qui n’a pas son blog passe pour un vrai ringard.

21 juin 2007

DSInema

Les consommateurs de DVD connaissent le principe : pour les appâter, les producteurs leur proposent des “plus produits”, pour reprendre l’expression favorite de mon collègue, et néanmoins ami, directeur du marketing. Des bonus, des bandes-annonces, des making of et, bien sûr, des incontournables bêtisiers.

Pourquoi n’utiliserions-nous pas cette technique de communication pour redresser l’image de nos informaticiens, malmenée depuis des années par des utilisateurs revêches aux bienfaits des applications développées avec amour pour leur confort ? On peut par exemple imaginer, pour inciter fortement les utilisateurs à s’approprier une nouvelle application, que la DSI édite un DVD à tirage limité. Les utilisateurs y trouveraient des bonus, par exemple quelques fonctionnalités supplémentaires coupées au montage du projet pour rester conforme au cahier des charges. Ils pourraient également consulter le making of, autrement dit quelques extraits vidéo des réunions de projet. Pour les DSI les plus audacieux, l’ajout de rires enregistrés serait de bon aloi, par exemple lorsque la maîtrise d’ouvrage vient expliquer ses besoins, ou, car il faut aussi savoir se moquer de soi, lorsqu’un chef de projet vient jargonner et s’empêtrer dans ses slides.

Pour créer l’envie d’utiliser une nouvelle application, pourquoi ne pas concevoir une bande-annonce ? Ce n’est pas utile d’inventer un nouveau slogan, celui utilisé dans le milieu cinématographique convient parfaitement : “bientôt sur vos écrans”. Quelques effets spéciaux, une voix off qui vante les impacts business, le DSI dans le rôle principal (du méchant ou du gentil, c’est selon), et le tour est joué ! Seule précaution : éviter de claironner une date de sortie de l’application, on ne sait jamais avec la gestion de projet… !

Quant au bêtisier, la matière ne manque pas. Aux multiples prises ratées du cinéma correspondraient les multiples versions de cahiers des charges, aux fous rires incontrôlés correspondraient les longs silences suivant l’examen du budget prévisionnel lorsque tous les chefs de projet se demandent comment ils vont pouvoir travailler avec si peu. Et comme dérapages en direct, nous assisterions aux coups de gueule du DSI face à la dérive des délais. Gageons que nos chers utilisateurs nous verraient d’un autre œil, car nous sommes comme eux ! Nous aimons quelquefois faire un peu de cinéma…

08 mai 2007

Un œil par ci, un doigt par là

Il paraît que l’avenir est aux technologies biométriques. Vous savez, ces dispositifs qui ne se trompent jamais et qui reconnaissent, à coup sûr donc, vos caractéristiques physiques. Si l’on en croit les promoteurs de ces solutions, c’est le must en matière de sécurité. Ces technologies commencent à émerger en dehors de leur milieu historique de prédilection (la Défense et les activités très sensibles). Pour nous, DSI, c’est peut-être la fin de notre cauchemar quotidien. Combien de temps passons-nous à gérer les mots de passe oubliés, les badges perdus ? Un certain temps, dirait Fernand Reynaud. Certes, nous déléguons une grande partie de ce sale boulot à nos responsables sécurité et à leurs équipes.

Tous ces outils biométriques sont, d’un point de vue technologique, reconnaissons-le, extrêmement ingénieux. Sur le principe, rien ne s’oppose à leur utilisation ; faciles à vendre à une direction générale (l’aspect science-fiction les intéresse, ils peuvent ainsi étaler leur “modernisme high-tech” dans les dîners en ville), un peu moins facile à vendre à une direction financière (devinez pourquoi…)… Je me suis presque laissé tenter. Jusqu’à ce qu’un commercial, emporté par son élan marketo-compulsif, m’explique que la biométrie va vraiment pénétrer tous les aspects de notre vie quotidienne. J’ai alors constaté avec horreur qu’une empreinte de ma rétine est à New York, nichée dans le système informatique de l’aéroport, celle de mon iris à Francfort et celle de mon pouce à Tokyo. Il ne manque plus que l’empreinte de mon lobe d’oreille à Moscou, et celle de mon orteil à Tel-Aviv ! Quant au reste, je n’ose même pas imaginer ce qui se passe dans l’esprit des ingénieurs en R&D… Finalement, je renonce à utiliser la biométrie. Etre condamné à finir, même virtuellement, en morceaux aux quatre coins du monde, découpé sur l’autel de la sécurité absolue ? La perspective ne me rassure guère.

26 avril 2007

Des courants SI politiques

Le monde politique constitue une source inépuisable de bonnes et de mauvaises pratiques. Oublions les bonnes pour nous concentrer sur les mauvaises. Qu’entend-on par là ? Que des comportements individuels nuisent à l’intérêt collectif.

Ainsi en est-il des multiples courants qui fleurissent dès lors qu’un parti politique atteint une certaine taille. On peut même en tirer un postulat simple : tout parti politique ou syndicat plongé dans un mouvement de croissance subit une poussée des courants directement exponentielle. Quel rapport avec les systèmes d’information, direz-vous ? Il est simple : nous aussi, nous avons nos courants et dépensons une énergie considérable à gérer, là, les égos, ailleurs, les coups de gueule, et, en permanence, les coups tordus que ne manque pas de concocter un courant contre un autre.
Dans notre groupe industriel, j’ai identifié quatre courants. Le premier, celui des refondateurs, dont je fais partie, je l’avoue, milite pour un changement radical des pratiques de gouvernance de l’organisation. En clair : si on ne fait rien, nous allons dans le mur et le système d’information va nous péter à la figure, entraînant, non seulement le DSI, votre serviteur, dans sa chute, mais aussi une partie de la direction générale, même si elle n’en est guère consciente, occupée à cajoler les actionnaires. Le second courant est celui des conservateurs. Là, on a affaire à une poignée de chefs de projets qui ne perçoivent pas l’intérêt d’une quelconque refondation. Pour eux, la ligne du parti fait office de cahier des charges. Largement de quoi freiner l’innovation dans notre organisation, notamment de la part de nos équipes de jeunes informaticiens qui ne sont pas venus là pour faire de la figuration !

Troisième groupe, qui comprend ceux que l’on peut qualifier de libéraux : un courant mené par le directeur financier, allié, pour une fois, au patron du marketing ; eux ne voient pas pourquoi ils ne feraient pas systématiquement appel à des prestataires externes pour gérer l’ensemble du système d’information. Leurs mots d’ordre sont : “externalisation” et “baisse des prix”. Et si on peut trouver mieux en Inde ou en Chine, pas de problème !

Enfin, le quatrième groupe est constitué par les progressistes. Ils ont adopté l’adage selon lequel : “Qui va doucement ménage son système d’information, et inversement”. Notre direction générale s’y rattache, estimant que beaucoup de projets ne sont pas prioritaires, même ceux qui le sont réellement. Qui va gagner ? Comme pour les partis politiques, on n’en sait rien, mais ce qui est certain, c’est que l’électeur et, dans notre contexte, l’utilisateur (qui n’a pas le droit de vote), est toujours perdant. En effet, nos quatre courants, qui se côtoient au quotidien, ne sont pas encore parvenus à dégager une synthèse ! Toute ressemblance avec des situations existantes serait bien évidemment fortuite. Purement fortuite…

19 mars 2007

De l’amphore au sablier

“Et vous, c’est quoi l’avenir de votre métier ?” La question, qui m’a été posée par un ami de mon fils lors d’une discussion informelle sur les problèmes d’emploi de notre belle jeunesse, a suscité une prise de conscience de ma part.

C’est vrai, quel est donc l’avenir de notre métier ? Comme dans beaucoup de secteurs, notamment celui des biens de consommation ou les services, le modèle est en train d’évoluer. On passe ainsi d’un schéma en forme d’amphore à un schéma ressemblant à un sablier. Il n’y a pas encore si longtemps, la DSI ressemblait à une amphore : une partie centrale proéminente, celle qui fournit l’essentiel des services au plus grand nombre avec, à chaque bout, peu de services à forte valeur et, en bas, relativement peu de services standard, packagés et peu coûteux.
Certains le regretteront, mais ce modèle est en train d’exploser, pas seulement dans l’informatique. Aujourd’hui, avec l’image du sablier, ce sont les deux parties extrêmes qui sont plus importantes. En haut, la valeur, en bas, les services de masse. Pour les DSI, cela signifie deux choses : d’une part, savoir identifier où se crée la valeur et faire en sorte qu’une reconfiguration de l’organisation SI permette une telle création ; d’autre part, pouvoir se positionner sur le marché de masse, celui où des utilisateurs nombreux et exigeants attachent une importance particulière à la qualité de service, pas nécessairement à la complexité.

Pour les DSI, c’est un vrai changement de culture. Pour répondre à la question de l’impertinent ami de mon fils, on peut affirmer : “Notre métier a de l’avenir, c’est déjà ça !

20 février 2007

Et si je changeais de boîte ?

Un coup d’œil sur la baromètre de l’APEC m’apprend qu’en douze mois, il y a eu environ 800 postes de directeurs informatiques proposés, ce qui représente une croissance de 11%. Ce n’est certes pas beaucoup si l’on compare avec la demande de spécialistes du textile ou du bois (+109%) ou de la mécanique (+89%).

Mais c’est réconfortant lorsque l’on regarde la demande de directeurs financiers, qui, elle, s’est écroulée de 51%. En consultant la presse professionnelle, j’ai trouvé un poste qui m’irait comme un gant et me permettrait de souffler un peu : « chef du service informatique et réseaux » dans un centre hospitalier. Moi qui exerce dans l’industrie, cela me changerait.

Un CHU avec 5700 utilisateurs, 2000 postes de travail, rien que de la « taille humaine » ! Mais le texte de l’annonce ma refroidi. « Vous managez une équipe pluridisciplinaire d’une cinquantaine de personnes» : bonjour les différences culturelles ! Cela risque de discuter ferme dans les comités de pilotage… « … Engagée dans des grands projets structurants » : Là, c’est clair, je serai sur un siège éjectable en cas de dérapage, surtout si « l’équipe pluridisciplinaire » ne se prive pas de savonner la planche au tout nouveau « chef du service informatique et réseaux ». « De formation supérieure informatique » (j’ai ce qu’il faut…), « vous définissez les prestations dans le cadre des marchés publics ». Aïe, les appels d’offres publics ! Pas question de s’arranger, comme d’habitude, avec les fournisseurs. La paperasse en plus ! « Esprit de rigueur et de méthode, sens des responsabilités, de l’écoute et du travail en équipe sont nécessaires » : c’est clair, il va falloir travailler plus de douze heures par jour et supporter toutes les doléances d’informaticiens dont l’égo, les états d’âme, quand ce n’est pas l’incompétence de certains, s’expriment en permanence (c’est cela, le « sens de l’écoute »). Et il va falloir en plus supporter les manœuvres politiciennes : ce que l’annonce traduit par : « vous avez conscience des enjeux du service public ». Ah ! J’oubliais : la rémunération s’élève à 46 810 euros. Je n’irais à l’hôpital que lorsque je serai vraiment malade…

19 février 2007

Bulle 2.0, deuxième

On la refait... L’expression consacrée dans le milieu du cinéma a déteint sur celui des technologies de l’information. Car on nous refait un remake de «J’te crève la bulle» !

On le voit par exemple avec le titre d’un article du quotidien Les Echos (du 31 octobre 2006) : « La survalorisation des start-up du Web 2.0 commence à inquiéter ». Ce qui nous semble évident à nous DSI, l’est moins pour les autres.
On nous a fait le coup, au début des années 2000, souvenez-vous, lorsque nos chers directeurs marketing nous ont expliqué qu’avec des web agency, ils pouvaient se passer de nos services, de nos conseils et, surtout de nos méthodologies de gestion de projets. On a vu ce que ça a donné…

Ou que nos directions générales nous ont affirmé qu’il n’y avait pas d’issue en dehors du e-business. On a vu ce que ça a donné…
Ou lorsque que nos informaticiens qui, croyaient-ils, étaient bourrés de talent, se sont lancés dans l’aventure des jeunes pousses. On a vu qu’elles n’ont pas passé l’hiver 2002…

Bien sûr, on nous explique qu’aujourd’hui, ce n’est pas pareil, qu’avec Web 2.0, c’est la vraie révolution, qu’il faut jeter nos vieilles applications pour que tout le monde travaille sur le web, que les pratiques d’hier sont révolues et qu’une multitude de petites sociétés sont là pour nous changer la vie. Peut-être. Peut-être pas. Attendons donc que Bulle 2.0 soit passé.