Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

03 décembre 2013

Mon nom est Bond... James DSI Bond

sehiaud-007.jpg2013 a été le cinquantenaire des aventures de James Bond. Tout le monde sait qu’il est agent secret, mais s’il avait été un DSI ? Il aurait pu vivre les mêmes aventures, et même tourner les mêmes films avec des titres identiques… mais avec des scénarios sensiblement différents !

Casino Royale. James DSI Bond devient l’adjoint d’un DAF particulièrement familier des systèmes d’information et qui alloue des ressources illimitées pour la DSI afin qu’il investisse dans la création de valeur. A noter que c’est le seul James Bond dont le scénario est entièrement basé sur la science-fiction.

Jamais plus jamais. James DSI Bond passe quelques jours en galante compagnie, un joli « Core Model », rencontré lors d’une convention utilisateurs d’un éditeur d’ERP à Miami Bitch. Son boss le rappelle pour redresser la barre d’un projet CRM (Comment Ramasser des Moeufs) mal engagé…

Demain ne meurs jamais. James DSI Bond doit affronter une organisation secrète, la « Legacy » qui menace de faire exploser la planète Système d’Information en plaçant dans des applications stratégiques des liens de code non documentées et dont les spécialistes sont tous partis à la retraite.

Vivre et laisser mourir. James DSI Bond se fait nommer DSI Corporate afin de n’avoir aucun scrupule à confier des tâches peu gratifiantes à ses subordonnés.

Opération Toner. James DSI Bond a fort à faire avec un méchant psychopathe qui a décidé de créer une pénurie de toner pour toutes les imprimantes de l’entreprise.

Au service secret de Sa Majesté. James DSI Bond croit travailler pour les utilisateurs du système d’information alors qu’en réalité il travaille pour le DAF. Manipulé par ses chefs, il en est réduit à utiliser des gadgets pour s’en sortir (tableau de bord à indicateurs éjectables, pistolet à reporting explosif, Balanced Scorecard équipé d’un silencieux, schéma directeur à double fond, Flèches ISO 20000 empoisonnées….).

L’espion qui m’aimait. James DSI Bond affronte une organisation de consultants bien décidés à tout savoir des projets de la DSI afin de tout revendre au plus offrant, des marchands d’armes de destruction masSIve particulièrement cruels, spécialistes de la revente de PowerPoint à ogives nucléaires et à Bullet Points acérés.

Rien que pour vos yeux. James DSI Bond tombe amoureux de la nouvelle DAF qui lui promet de belles soirées en tête-à-tête pour discuter des aspects budgétaires du nouveau schéma directeur. Ce film n’a pas eu le succès escompté : 76,897 % des spectateurs se sont endormis pendant les quinze premières minutes, celles où la DAF, malgré ses atouts évidents (un excédent brut d’exploitation largement disproportionné eut égard à son soutien-compte d’exploitation), lui explique la philosophie des amortissements des immobilisations montées sur ressorts 2.0.

Dangereusement vôtre. James DSI Bond doit renégocier tous les contrats fournisseurs, après avoir reçu un mémo de son DG, qui se termine par « Dangereusement vôtre… »

Tuer n’est pas jouer. James DSI Bond lutte contre une bande d’experts Cobol, avant de s’apercevoir que ce sont en réalité des agents doubles dont la mission est de sauver les applications d’une mort certaine.

Meurs un autre jour. Ce film de James Bond avait en réalité un titre plus long mais qui n’a pas été retenu par les producteurs. Le titre original était en effet : « Meurs un autre jour…. T’as le projet ERP à finir ! » Les producteurs ont en effet considéré que faire un film qui dure entre dix-huit mois (avec les meilleurs scénaristes d’Hollywood) et quatre ans (avec les plus mauvais des scénaristes assistés par une équipe d’intégrateurs et une SSII en régie) n’est pas raisonnable pour mobiliser la capacité de concentration des spectateurs…

Octopussy. La pieuvre Legacy a paralysé le système d’information. James DSI Bond essaie de la combattre mais la pieuvre Legacy a de la ressource et réapparaît là où on ne l’attend pas.

L’homme au pistolet d’or. James DSI Bond se bat contre un commercial avant-vente particulièrement cruel qui le menace de déclencher des tirs d’audit de licences à fragmentation.

29 novembre 2013

Les Experts à la DSI

sehiaud-experts.jpgJ'ai une chance extraordinaire. L'un de mes amis, qui travaille dans une chaine de télévision m'a permis de visionner un épisode inédit de la série Les Experts. Vous savez, celle qui cartonne sur TF1... Je vous en livre en exclusivité l'essentiel des dialogues entre les enquêteurs, qui viennent d’arriver sur une scène de crime particulièrement horrible dans une grande entreprise industrielle.

- Qu'est-ce qu'on a ?

- Une seule victime... Un projet informatique, il travaillait là depuis trois ans. Reculez, Lieutenant ! C'est pas beau à voir...

- Qui a découvert la victime ?

- Un utilisateur qui s'inquiétait de ne pas avoir de livrables et qui est venu aux nouvelles. Il a trouvé la victime gisant dans une mare de spécifications. Non, vraiment, ce n’est pas beau à voir...

- On a des indices ?

- En fait, pas grand-chose. La victime travaillait sur des avenants qui allaient être révélés aux utilisateurs, mais rien d'important. D'après les utilisateurs que nous avons interrogés, des avenants, il y en avait en permanence, personne n'y faisait plus attention... Ils s'étaient résignés, à force.

- Et l'arme du crime ?

- Selon le consultant-légiste spécialiste des analyses post mortem, la victime est morte étranglée par un délai contondant, elle a également été frappée par un dépassement de budget aiguisé, égorgée avec un cycle en V, assommée par un livrable de 390 pages et, apparemment, achevée par un test grandeur nature qui lui est tombé dessus.

- C'est moche. Mourir si jeune…

- Heu… si jeune ? Pas tellement, d’après les premiers utilisateurs que l’on a interrogés, ça fait plus de trois ans que personne ne savait ce qu’il y avait dans ce projet.

- Demandez au légiste de chercher s’il y a des traces de pragmatisme dans le projet, si la victime consommait régulièrement des comptes rendus d’avancement, si des doses de bon sens ne lui auraient pas été injectées, ou s’il y a des traces de mauvaise foi(e). Dites aussi au légiste de pratiquer une analyse des besoins, ça peut être une piste pour identifier un suspect.

- Celui qui a fait ça s'est acharné...

- A mon avis, ils étaient plusieurs. Un tel degré de sauvagerie, on n’a jamais vu ça. Assassiner un projet informatique qui n’a jamais fait rien de mal.

- C’est peut-être justement pour ça qu’on l’a tué. Il devait coûter cher et ne rien rapporter… Quelqu’un s’en est aperçu et ne l’a pas supporté. On a déjà vu ça, souvenez-vous, Sergent, dans l’affaire du tueur en série de la Silicon Valley.

- Celui qui assassinait toutes les releases, la nuit pendant que les locaux étaient déserts ?

- Oui, rappelez-vous, on a eu du mal à la coincer, c’était un développeur parano-schizophrène obsessionnel compulsif atteint de stress post-traumatique et de dédoublement de la personnalité avec un MOA hypertrophié.

- Avez-vous trouvé des empreintes ?

- On a une empreinte carbone, mais c'est celle de la victime, c'était un projet de développement durable… A part ça, rien.

- Rien non plus du côté de la vidéosurveillance ?

- Non, le lieu du crime est une DSI, c'est une vraie tour d'ivoire, pas de caméras, tout le monde se connaît et les utilisateurs n'y pénètrent que rarement.

- Et l'enquête de voisinage, ça donne quoi ?

- On a interrogé des projets agiles, mais ils n'ont rien vu. Ils ne s’entendaient pas bien avec la victime qui était un projet de la vieille école…

A la fin de l’épisode, on ne sait toujours pas qui a assassiné le projet informatique : le nombre de suspects étant trop nombreux pour un format de cinquante-deux minutes. Et tout le monde a soit un alibi, soit un mobile ! De quoi rendre fou n’importe quel enquêteur… 

Hélas, cet épisode ne sera jamais diffusé. Les producteurs ont en effet jugé que ce spectacle étant tellement insoutenable, il ne pouvait pas être diffusé à une heure de grande écoute. Et il serait interdit aux chefs de projet de moins de 45 ans... Comme il est écrit dans les génériques : certaines scènes sont susceptibles de heurter les âmes sensibles…

25 novembre 2013

Pourquoi je réinternalise… oui au fait, pourquoi ?

sehiaud-outsourcing.jpgIl paraît que le marché mondial des services d’outsourcing aura atteint 251 milliards de dollars en 2012 si l’on en croit les doctes estimations de Gartner. Si je compte bien, ça fait quand même 688 millions de dollars qui sont chaque jour dépensé dans le monde par les entreprises et c’est autant de fric qui va dans la poche (que l’on dit profonde) des prestataires de services d’outsourcing.

Moi, je ne vous la cache pas, j’ai décidé de réinternaliser. De toute façon, je ne fais rien comme tout le monde, vous vous en êtes certainement déjà aperçu... Et je ne manque pas de bonnes raisons. J’en ai même trouvé au moins dix, en espérant vous convaincre de regarder à deux fois avant de confier votre système d’information à un tiers. Comme disait l’incontournable philosophe Sun Tzu : « Un tiers ne vaut pas mieux que deux tu l’auras. »

1. Vais-je continuer longtemps à être pris en otage par un prestataire ? Ce n’est quand même pas évident d’affirmer à son DG que, d’un côté le SI est extrêmement stratégique et, de l’autre, le SI est entièrement à la merci d’un multinationale cotée à Wall Street dont la stratégie peut changer du jour au lendemain au gré des acquisitions et des exigences de ses actionnaires…

2. Vais-je continuer longtemps à voir mes coûts dériver ? On connaît le business modèle des infogéreurs : des réductions de coûts les deux ou trois premières années, après, une fois que le poisson (nous…) est dans la nasse, augmenter les coûts mais sans trop forcer…

3. Vais-je continuer longtemps à avoir comme interlocuteurs des bras cassés ? Chez les prestataires, comme chez nous, on trouve de tout. Mais quand on tombe sur un où la proportion de bras cassés est supérieure à la moyenne, on n’est pas sorti de l’auberge…

4. Vais-je continuer longtemps à passer mon temps à benchmarker mon prestataire pour vérifier si ses coûts et ses prestations sont alignés sur ce que font ses concurrents ? On a toujours un doute. Soit on fait confiance, soit on vérifie une fois par an que le prestataire fait aussi bien, sinon mieux, que ses concurrents. Mais vu le prix de journée que les cabinets de conseil spécialisés dans ce type de benchmarking nous facturent, je n’ai plus les moyens…

5. Vais-je continuer longtemps à voir mes SLA en voie de sous-développement ? Outre le fait de les surveiller régulièrement, je dois passer beaucoup de temps, avec mes équipes, à chercher pourquoi mes niveaux de services sont de moins en moins bons…

6. Vais-je continuer longtemps à chercher qui est responsable des dysfonctionnements et à renégocier des changements de périmètre ? C’est le classique « Ce n’est pas moi, c’est le prestataire… Ben, non ce n’est pas moi, ça vient de chez vous…. »

7. Vais-je continuer longtemps à consacrer 23,6 % de mon temps à piloter des prestataires qui sont censés être autonomes pour « répondre de façon proactive aux besoins de leurs clients », puisque c’est ce que leurs commerciaux aux chaussures pointues m’ont vendu ? Les réunions de pilotage, de coordination, de bilan, de revue de SLA… ca commence à me fatiguer… Même si je fais autre chose pendant que les équipes de mon prestataire se gargarisent de leurs performances…

8. Vais-je continuer longtemps à me demander si, à force d’externaliser, je vais finir tout seul à la DSI et passer pour une bille auprès de mes collègues qui « managent » des dizaines voire des centaines de collaborateurs ? C’est effectivement ce qui risque d’arriver lorsque tout un SI devient externalisé…. Avant que le DSI soit lui-même externalisé à Pôle Emploi !

9. Vais-je continuer longtemps à attendre que l’on me propose de nouvelles idées, de nouvelles manières de faire et d’être plus performant ? Comme quoi l’innovation n’est pas toujours compatible avec les exigences d’une approche industrielle pour mutualiser des capacités avec un maximum de clients.

10. Vais-je continuer longtemps à passer une partie de mon temps à relire des contrats de plusieurs centaines de pages en me demandant à chaque page où est le piège tendu par on ne sait quel juriste grassement payé par un prestataire qui voudra jamais sacrifier ses marges ? Et comme, à mon âge, ma vue baisse, imaginez le calvaire pour déchiffrer des clauses écrites en corps 8.

 

 

20 novembre 2013

Curriculum vite !

sehiaud-CV.jpgIl parait que la fin de l’année s’annonce chaude pour les DSI. Plusieurs de mes estimés (sauf par leur DG…) confrères se sont retrouvés sur le carreau. Alors que, de l’avis de tous (sauf de leur DG…), ils sont loin d’avoir démérité. Je me suis donc « mis en veille professionnelle » comme on dit. Les annonces de recrutement de DSI ne courent pas les rues, ce sont plutôt les DSI qui courent après les annonces d’emploi.

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais, avec l’expérience, on arrive à lire entre les lignes. Je suis tombé sur l’une de celles-ci pour le recrutement d’un DSI et dont je vous livre le contexte : « Bonne expérience dans la gestion et l’exploitation d’environnements informatiques et le pilotage opérationnel d’une équipe. Autonome, responsable, vous faites preuve de rigueur, d’organisation, et savez être réactif et orienté solution. Votre forte analyse et votre esprit de synthèse, vous permettent d’identifier rapidement les dysfonctionnements ou les erreurs préjudiciables à votre activité. Résistant au stress, vous avez rapidement une vision globale, avec du recul, dans un souci d’efficacité. Vous avez un très bon relationnel, et savez-vous positionner de manière pertinente et adaptée. »

Bon, là, avouez que ce n’est pas gagné pour la nouvelle recrue qui va mettre dans cette entreprise, dont l’annonce se garde bien de dire de qui il s’agit. Tout juste sait-on que c’est dans le sud de la France. « Autonome et responsable » : en clair, on va vous laisser vous débrouiller et vous ne pourrez compter sur personne. « Vous faites preuve de rigueur et d’organisation » : en clair, ça devait être le souk avec le prédécesseur. La preuve ? « Votre forte analyse et votre esprit de synthèse, vous permettent d’identifier rapidement les dysfonctionnements ou les erreurs préjudiciables à votre activité. » Là, c’est sûr, plus aucun doute, il y a des cadavres dans les placards. Et, cela va de soi, tout ce qui est préjudiciable à votre activité sera retenu contre vous pour vous virer avant la fin de la période d’essai. La preuve encore ? Il faut être résistant au stress. Et quand un recruteur écrit ça dans une annonce, ça veut dire qu’il faut être blindé et prêt à affronter tous les cataclysmes IT du monde. Sans oublier les aspects politiques, traduits par « se positionner de manière pertinente et adaptée. » « Pertinente » lorsqu’il s’agit d’avaler des couleuvres face à la DG sans faire de vagues (même si les couleuvres savent nager…). « Adaptée » lorsqu’il est temps de quitter le navire.

Au quotidien, il va falloir faire preuve de ténacité. Parmi les missions demandées : « Tenir informé les utilisateurs sur les procédures à respecter pour contribuer à la fourniture d’un
service de qualité. »
Ils ne respectent donc aucun processus… ? « Analyser et contrôler la qualité effective de service rendu au client en pilotant des points de fonctionnement périodiques avec chaque client interne sur l’avancement du traitement de ses  demandes, la résolution des problèmes et le niveau de satisfaction des prestations fournies. » En plus, il y a du laisser-aller dans la qualité de service, il ne manquait plus que ça… « Garantir une assistance technique réactive et efficace aux utilisateurs pour la mise en œuvre et l’utilisation des environnements informatiques de Build » : là non plus, ça ne doit pas fonctionner de façon « réactive et efficace ». Surtout qu’il faut « veiller au respect des objectifs de délai et de qualité négociés pour les prestations de gestion des environnements. » Plus aucun doute : les dérapages sont quotidiens.

Admettons. Tout ça, je peux le faire. Même pas peur ! Quand on a connu des collègues obtus, des utilisateurs de mauvaise foi, des fournisseurs rapaces, des collaborateurs aussi réactifs qu’une limace, on peut tout faire. Même à Marseille. Mais, en plus, le recruteur demande une connaissance fine des environnements techniques : de Solaris 8 à Linux, en passant par HP-UX, VMware et autres quincailleries, sans grand intérêt pour un DSI, de chez Oracle, EMC, HP et Cisco.

Les nombreuses et inattendues chausse-trappes du management des SI, les dérives de la gouvernance, les pièges des schémas directeurs, les psychodrames des relations avec les métiers, l’incompétence de la DG, les négociations musclées avec les fournisseurs…. Tout ça, je veux bien, j’ai l’habitude. Mais replonger dans la technique, non merci ! Après toute l’énergie que l’on a consacrée à en sortir ! Je ne dois pas être le seul à réagir de la sorte, l’annonce de recrutement est en ligne depuis plus de trois mois !

 

 

 

 

15 novembre 2013

Club pas Med

sehiaud-cio.gifC’est une épidémie… J’ai encore trouvé une invitation à rejoindre un club de DSI ! Ça commence à faire beaucoup. Certains diront que l’on est gâtés : on peut ainsi participer au club 01 DSI, au club Décision DSI, à CIOnet, au Club CIO, au club des DSI d’IDC, au Club CIO-CXO du Magit, au club Silicon DSI, à l’Agora des DSI… Et si j’étais africain, je pourrais en plus participer aux clubs d’AfroCIO. Sans parler de tous les événements auxquels nous sommes conviés, de feu l’IT Business Forum à Top DSI (tous les deux à Deauville, c’est dire si la profondeur des contenus est mise en avant…), en passant par les Entretiens d’Opio (au moins c’est au Club Med, l’organisateur sait recevoir…), et tous les pince-fesses (enfin, façon de parler parce que ça manque de DSI femmes…). Comme disait le regretté Coluche : « Jusqu’où s’arrêteront-ils ? ».

Et chacun rivalise pour nous attirer, le plus souvent dans un traquenard tendu par des fournisseurs avides de nous fourguer leurs documents commerciaux dont nous n’avons que faire, avec une forte proportion de commerciaux dont la longueur des chaussures pointues et inversement proportionnelle à leur finesse intellectuelle. Et, cela va sans dire, ils sont tous leaders. Par exemple, le Club Décision DSI « est la plus importante organisation européenne dans son domaine et  regroupe plus de 900 décideurs informatiques d’entreprises privées et d’entités  publiques de plus de 200  salariés localisées sur la  France entière. » Bigre ! De son côté, CIOnet affirme que, avec 3 500 DSI, c’est « la plus grande communauté de dirigeants informatiques en Europe ». Faudrait savoir ! A priori, 3 500, c’est plus que 900, mais on peut se tromper, nous autres, DSI, c’est bien connu, ne sommes pas trop à l’aise avec les chiffres.

Le Club CIO France, lui, se définit comme le « premier réseau social exclusivement réservé aux managers des systèmes d'information. »  Mince, encore un premier de la classe ! De son côté, le réseau CIO/CXO « permet de profiter d'un contenu exclusif orienté sur la valorisation business du SI, de connaitre en temps réel le niveau de participation et l'engagement de vos pairs, d'intégrer des communautés d'échange sur et autour des conférences, de rencontrer nos partenaires autour de vos problématiques métiers. » Bon, là, on ne comprend rien, sauf que les fournisseurs vous attendent au tournant…

On remarquera que quatre entreprises concurrentes utilisent la même dénomination : CIO. Le site Web Magit, l’autre site Web CIO, le réseau social CIOnet et CIOMag. Comment voulez-vous que l’on s’y retrouve ? Comme élément différenciateur, on pourrait trouver mieux et n’importe quel étudiant d’une école de commerce de seconde zone qui proposerait à quatre entreprises concurrentes de promouvoir un marque identique se verrait probablement recaler à ses examens pour n’avoir rien compris à l’avantage compétitif d’une entreprise.

En attendant, et à supposer que notre emploi du temps sous en laisse la possibilité, où faut-il aller ? J’avoue que je ne sais pas. Ils sont certes très sympathiques, tous ces organisateurs, mais qu’avons-nous à y gagner ? Je passe sur le cas de certains de nos collègues, relégués à dans des placards et qui ont tout intérêt à en sortir pour aller se restaurer gratuitement matin, midi et soir. Mais nous avons de moins en moins la possibilité de passer notre temps dans des clubs.

Je me vois mal expliquer à mon DG, qui, pourtant est amateur de clubs, y compris les plus louches et licencieux, que je consacre la moitié de mon temps de travail à musarder dans les grands hôtels pour récupérer quelques cartes de visites de commerciaux et des docs produits que je pourrais obtenir par un simple coup de fil ou quelques minutes de surf sur le Web. Si encore nous avions du contenu pertinent, ça serait toujours ça de gagné ! Même pas… Tous ces clubs fonctionnent sur de l’éphémère, du superficiel,  du court terme, bref, du vent… ! Ça serait bien que l’on nous concocte un « club des clubs », pour que l’on se déplace une seule fois. C’est bien suffisant… On aurait donc besoin d’un autre CIO comme Centre d’Information et d’Orientation. Ah ? On me dit que c’est pris, que ça existe et que c’est un ministère qui s’en occupe. Nous voilà bien avancés…

11 novembre 2013

Qui a lu verra

sehiaud-livres.jpgComme les vacances d’hiver approchent, j’ai prévu de me reposer en emmenant de la lecture à la campagne, un endroit perdu au milieu de nulle part, dans le centre de la France. L’avantage ? C’est l’un des seuls lieux où le téléphone portable ne passe pas et où Internet n’est pas encore installé, dans les vieilles fermes auvergnates. Il me reste à choisir les ouvrages qui vont me tenir compagnie durant les trois semaines pendant lesquelles je vais m’extraire du monde des systèmes d’information. J’ai donc commencé à parcourir ma bibliothèque mais j’avoue que j’ai été particulièrement déçu. Moi qui voulais m’extraire de mon quotidien, je m’aperçois que, quelle que soit l’œuvre que je vais choisir, cela va me rappeler inévitablement le bureau.

SI je retiens « Les Misérables » de Victor Hugo ou « La peau de chagrin », de Balzac, cela va me rappeler ma situation budgétaire et, dans la perspective de la rentrée, ce n’est pas le moment… Si je préfère « 20 000 lieues sous les mers » de Jules Verne, cela va me faire penser à l’état d’avancement de notre projet de déploiement d’un ERP au niveau mondial… Si je sélectionne « Les causes perdues », de Jean-Christophe Rufin, je vais sûrement ruminer mes arguments pour disposer de plus de moyens en septembre…

Si je choisis « Le dernier jour d’un condamné », de Victor Hugo, « La bête humaine » d’Emile Zola  ou « Le coup de grâce » de Maurice Druon, je vais penser à ma situation personnelle et passer mes vacances à refaire mon CV… Si je privilégie « Crimes et châtiments » de Dostoïevski, je ne pourrais m’empêcher de me remémorer l’ambiance de suspicion qui règne dans l’entreprise dès lors que l’on parle de la DSI, notamment de la part des utilisateurs qui se posent en victimes face aux contraintes qu’on leur impose. Si j’opte pour « L’assommoir » d’Emile Zola, les souvenirs des derniers comités de direction vont resurgir à la surface de mon cerveau déjà fragile.

Si je penche pour « La plus haute des solitudes », de Tahar Ben Jelloun, je vais partir en vrille sur les difficultés de notre métier. Si mon choix se porte sur « Dr No » de Ian Fleming, je vais croire qu’il s’agit de la biographie d’un expert-comptable qui a endossé un costume de DAF au service secret de sa Majesté le DG. Si j’ai une prédilection pour « Autant en emporte le vent » de Margaret Mitchell, cela me fera penser à la dernière « expression des besoins » concoctée par je ne sais plus quelle direction métier. Si je me décide pour « Les liaisons dangereuses » de Choderlos de Laclos, je vais devoir méditer sur les relations clients-fournisseurs. Si je me prononce pour « Esquisse d'une philosophie du mensonge » de Jean-François Kahn, je risque de passer en revue tous les consultants à qui j’ai fait appel et qui m’ont pris un peu de mon budget. Je ne vais pas aimer… Si je prends « Drame en trois actes » d’Agatha Christie, je vais me souvenir du dernier projet planté et, à la différence d’Agatha, on n’a jamais trouvé le coupable.  

Finalement, j’ai opté pour « Pars vite et reviens tard » de Fred Vargas et « Ca ira mieux demain », de James Hadley Chase. Le premier parce qu’il est effectivement toujours préférable de partir très vite sous d’autres cieux et de revenir le plus tard possible ; le second parce qu’il faut toujours conserver une bonne dose d’optimisme quoi qu’il arrive ! Et rappelez-vous que, comme disait Coluche, « C’est pas plus mal que si c’était pire ! »…

06 novembre 2013

Votez Séhiaud !

sehiaud-ciceron.jpgVous connaissez Quintus Cicéron ? Rassurez-vous, il n’était pas DSI à l’époque des Romains, ce métier n’existait pas encore, même si les ingrédients qui agrémentent la vie quotidienne des DSI d’aujourd’hui étaient déjà présents dans l’Empire romain en l’an 64 avant JC (soit l’an 2036 avant l’avènement de SAP), à savoir : la trahison, la guerre entre clans, la sourde vengeance, les batailles d’égo et autres joyeusetés caractéristiques de ces époques lointaines… Pourquoi je vous parle de Quintus Cicéron ? Parce qu’il a expliqué comment gagner une élection dans un petit ouvrage « Manuel de campagne électorale », Editions Arléa, dont je vous recommande fortement la lecture. Nous sommes donc en 64 avant JC et ledit Cicéron, candidat au poste de consul, a en face de lui six rivaux, tous aussi déterminés que lui à siéger dans la noble assemblée. C’est pourtant lui qui a gagné, à une très large majorité… Et les techniques qu’il a utilisées n’ont pas vieilli puisque, je vous l’affirme, tout DSI peut se les approprier, non pas pour gagner des élections, mais pour valoriser la fonction SI dans son organisation. Que faut-il faire ? Voici les dix trucs qui marchent à (presque) tous les coups.

1. « Tracer une vision d’ensemble, rationnellement ordonnée, d’idées qui, dans la pratique, apparaissent isolées et confuses. » Un schéma directeur dès l’époque romaine, finalement, ils ne sont pas fous ces romains ! Ils ont tout inventé du management moderne.

2. Pour exprimer les vrais enjeux, Quintus Cicéron suggère de répondre à trois questions fondamentales : « De quoi s’agit-il ? A quoi es-tu candidat ? Qui es-tu ? ». Pour un DSI, l’équivalent de « Je suis un homme nouveau, je suis candidat au consulat et c’est de Rome qu’il s’agit » pourrait être : « Je suis un manager nouveau, je suis candidat pour améliorer la performance du SI et c’est de la survie de l’entreprise dont il est question. » Voilà qui est dit !

3. « Veille à ce que l’on voie bien le nombre et la diversité de tes amis et veille à t’assurer de tous ces appuis le moment venu, et fais-leur savoir combien tu les estimes. » C’est vrai qu’il n’est pas inutile de rappeler de temps en temps que le comité de direction et la DG soutiennent le DSI. Même si ce n’est pas tout à fait vrai…

4. « Puisque tu vises le plus haut poste de l’Etat et que tu es conscient des ambitions qui contrarient les tiennes, fais preuve de méthode, de soin et de vigilance dans ton activité. » C’est préférable, en effet, avec tous les olibrius, bras cassés et autres incompétents qui occupent les couches de management (certains même en tiennent une, de couche).

5. « Quand on fait campagne pour un poste, il faut s’assurer scrupuleusement de deux choses : le dévouement de ses amis (fruit des bienfaits et services rendus) et la sympathie populaire. Il faut se faire des amis dans toutes les catégories sociales.  Si les hommes n’étaient pas des ingrats, tout cela devrait t’être acquis ». C’est pas gagné, l’ingratitude des utilisateurs étant l’ennemie de tous DSI…

6. « Une fois que tu te seras assuré le soutien des hommes ambitieux, donc les plus en vue dans leur tribu, quand tu auras recruté des partisans parmi ceux qui ont, par leur position, gagné de l’influence sur telle ou telle partie de leur tribu, tu seras fondé à nourrir les espoirs les plus sérieux. » Reste à bien faire le tri entre la tribu des ressources humaines, la tribu des financiers, la tribu des commerciaux…

7. « Quelle gloire, quel honneur si tu as à tes côtés tous ceux que tu as défendus, sauvés et libérés des charges qui pesaient sur eux ! » C’est vrai qu’ils ne connaissent pas leur bonheur, de ne pas mettre les mains dans le cambouis technologique…

8. « Ce qui est indispensable, c’est de connaitre le nom des électeurs, de savoir les flatter, d’être assidu auprès d’eux, de se montrer généreux, de soigner sa réputation et de susciter, pour la manière dont on conduira les affaires de l’Etat, de vifs espoirs. Mets-toi bien dans l’esprit qu’il va te falloir faire semblant d’accomplir avec naturel des choses qui ne sont pas dans ta nature. Il faut veiller à ce que l’on place en ta politique de sérieux espoirs » Faire semblant ? Pas de problème, c’est dans mes gênes. Et avec naturel, s’il vous plaît !

9. « Ce que tu peux faire pour quelqu’un, montre que tu le fais avec empressement et plaisir. Ce que tu ne peux pas faire, refuse-le courtoisement, ou mieux, ne le refuse pas : tous, et c’est la mentalité générale, préfèrent un mensonge de ta part plutôt qu’un refus. » Tout le monde est le bienvenu pour commander des projets à la DSI. On ne refuse jamais, on leur ment juste sur les délais. Mais c’est pour la bonne cause !

10. « La colère de celui à qui on a menti est bien la dernière chose à prendre en considération. » Heureusement. Chez nous, on utilise depuis longtemps le référentiel CTTMI, qui signifie non pas « Customer Transactional Technology Management Interface », mais « Cause Toujours Tu M’Intéresses » ! Les romains l’avaient aussi…

01 novembre 2013

Je passe encore mon tour...

sehiaud-dvtdurable.jpgLa semaine dernière, j’ai reçu un e-mail « urgent » de notre directeur général qui annonçait une réunion extraordinaire du comité de direction. Bigre ! Va-t-il enfin nous annoncer sa démission « pour raisons personnelles » afin de profiter d’une retraite bien méritée au soleil d’un quelconque paradis fiscal ? Notre DAF aurait-il enfin compris qu’à force de manier des chiffres toute la journée cela finit par rendre dingo et annoncera-t-il son entrée imminente dans un établissement de long séjour avec sevrage de tableur Excel ? Notre directeur marketing aurait-il eu une révélation sur la vacuité de sa fonction et la fatuité du personnage qui l’occupe ? Notre DRH a-t-elle été victime d’un coup de blues après avoir essayé de lire dix fois « La gestion des talents pour les vraies nullardes » (Editions Dunoeu) sans comprendre plus de deux mots sur cinq dans la table des matières ? A moins que notre directeur général ne nous annonce que je suis viré sur le champ pour mauvais esprit et « critique non-constructive de décisions consensuelles », une formule qui serait du meilleur effet dans une lettre de licenciement.

Habituellement, il me remonte quelques bruits de couloir, j’ai mes sources à la DRH. Mais là, rien… Pas l’ombre d’un ragot, ni de frémissement d’une rumeur, ni d’apparition furtive d’une « information-exclusive-je-te-l’ai-pas-dit »

Trois jours plus tard, nous voilà tous assis autour de la table qui trône au milieu de la plus grande salle de réunion. Après les banalités d’usage, Pierre Henri Sapert-Bocoup consent à nous exposer les raisons de cette réunion inhabituelle pour un vendredi après-midi, jour pendant lequel au moins la moitié du comité de direction passe quelques heures sur un terrain de golf.

« Un chef d’entreprise doit changer les manières de faire et transformer les modèles économiques, facteurs de performance d’une organisation », commence notre DG. On ne voit toujours pas où il veut en venir, c’est un début de discours qu’il a déjà servi lors de la réunion avec les analystes financiers, qui se contentent pour la plupart de ce genre de banalités avant de massacrer notre cours de bourse. Il poursuit : « Il est une fonction stratégique dans l’entreprise que je souhaite considérablement renforcer… » Humm… Tout le monde se regarde et pense la même chose : il y a de la promotion dans l’air !

« J’ai ici la fiche de poste d’un manager que je considère comme l’un des plus importants dans l’entreprise. Les talents nécessaires à l’accomplissement de ses missions sont nombreux. Il s’efforce de réconcilier de multiples dimensions quand d’autres se décourageraient face à la complexité de l’équation ». C’est tout moi, ça…

« Il alerte à bon escient, transforme avec peu de moyens, donne le cap et embarque ses pairs sans être leur supérieur hiérarchique, ne fait-il donc pas preuve de capacités de leadership hors du commun ? »  Quand on vous le dit, c’est mon portrait craché !

« Pourquoi ne pas placer ce manager au cœur des décisions stratégiques qui orientent l’avenir de l’entreprise ? continue notre DG, celui ou celle qui conjuguera les connaissances tirées de postes de leadership opérationnel préalablement occupés, avec une intelligence multidimensionnelle, sera un candidat de premier rang au poste de directeur général ». Et voilà le travail ! N’est-ce pas le résultat de plusieurs années de travail acharné pour faire reconnaître la fonction de DSI dans l’entreprise ? Après tout, DG ne doit pas être plus fatigant que DSI… Au moment où tout le monde retenait son souffle et où chacun imaginait la nouvelle décoration de son nouveau bureau, notre DG nous a expliqué, après quelques secondes de suspens, qu’il allait recruter un directeur… du développement durable ! Et il nous a distribué à tous une petite brochure d’une dizaine de pages, dans laquelle j’ai retrouvé mot pour mot les éléments de son discours. Une brochure éditée par un grand cabinet de conseil et intitulée : « Attention, espèce protégée en voie d’apparition, le directeur du développement durable, futur président. » Évidemment, cela n’est pas tombé sur moi…

Apparemment, l’affaire lui a été vendue par des consultants qui ont insisté pour confier les sujets de la durabilité à des « cadres nécessairement exceptionnels », en français dans le texte. De quoi mettre un vernis de modernité sur des pratiques de management plutôt archaïques, un soupçon de vert dans le discours servi aux actionnaires, et faire passer notre DG pour quelqu’un de socialement responsable. Encore raté pour la promotion du DSI aux plus hautes fonctions…

 

 

 

 

 

 

 

21 mai 2013

Ca n'a rien de personnel...

sehiaud-atos.jpgIl paraît qu'il y a des changements au comité exécutif d'Atos... J'ai lu sur le Web que Thierry Breton, le DG de la SSII a déclaré, commentant les trois nominations : "Je remercie Laurent pour l’action qu’il a mené chez Atos et lui souhaite une poursuite réussie de sa carrière professionnelle. Je suis convaincu qu’avec Jean Marie, désormais en charge des activités d’Atos France, nous saurons relever les nombreux défis pour le développement de nos activités au service de nos clients. Je souhaite à Jean Marie, Patrick et Ivan un plein succès dans leurs nouvelles fonctions».

Bien sûr, comme dans les communiqués de sociétés cotées en bourse, il faut lire en les lignes. On reprend, pour ceux qui n'ont pas suivi. Et d'ailleurs ça peut servir pour quiconque veut trousser un beau discours. Donc :

- Si vous venez de virer quelqu'un mais que vous ne souhaitez pas lui faire de la peine, dites : "Je remercie XXXX pour l’action qu’il a mené chez YYY et lui souhaite une poursuite réussie de sa carrière professionnelle." C'est un grand classique...

- Si vous voulez faire passer un message à un nouveau venu et lui signifier que vous l'avez à l'oeil, dites : " Je suis convaincu qu’avec XXXX, désormais en charge des activités de YYYY France, nous saurons relever les nombreux défis pour le développement de nos activités au service de nos clients." Ce qui signifie, en clair : "je te confie une situation difficile, débrouile-toi pour remettre de l'ordre dans tout ça."

- Enfin, si vous voulez adresser un message collectif et signifier que vos nouvelles recrues ont intérêt à bosser un maximum et à remplir leurs objectifs sans faillir, dites : " Je souhaite à Jean Marie, Patrick et Ivan un plein succès dans leurs nouvelles fonctions ».

Les voilà donc prévenus...

 

 

21:17 Publié dans Not'métier | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

23 avril 2013

Régime Ducon ®©, pour vous servir…

sehiaud-obesité.jpgNotre bien-aimé directeur général, Pierre-Henri Sapert-Bocoup n’aura jamais si bien porté son patronyme. Non pas qu’il ait encore creusé les pertes lors du dernier exercice fiscal, ça, il le fait tous les ans. Mais parce qu’il a perdu une bonne vingtaine de kilos superflus, grâce à la méthode Ducon®©, du nom d’un célèbre gourou qui s’est reconverti dans le business des régimes amaigrissants. A l’issue du dernier comité de direction, il (mon DG, pas le gourou) m’a expliqué les effets spectaculaires de cette méthode miracle, digne des meilleurs effets spéciaux jamais produits, même dans la grotte de Lourdes.

- Vous devriez, mon cher Séhiaud, dénicher un régime similaire pour faire maigrir notre  système d’information, dont je trouve qu’il a plutôt grossi ces derniers temps. Je dirais même qu’il est un peu bouffi, vous ne trouvez pas ?

- Heu, si, peut être…

Je me suis abstenu de lui rétorquer que, si nous en sommes là, c’est probablement à force d’être alimenté en permanence par des projets demandés par les directions métiers, qui ne se privent pas de les saupoudrer de technologies sucrées, de forcer sur de grasses fonctionnalités, le tout agrémenté de sauces politiques des plus aigres et gavées de cholestérol qui rendent les DSI hypertendus… Je me suis également abstenu de lui préciser que si son tour de taille avait diminué ce n’était pas le cas de ses chevilles…

Mais, finalement, l’idée d’un régime amaigrissant ne semble-t-elle pas judicieuse ? On pourrait ainsi imaginer une déclinaison pour les SI, à l’image de toutes les méthodes plus ou moins efficaces que l’on trouve sur le marché pour affiner sa silhouette. On aurait ainsi le régime MontignaaS, dans lequel on allège toutes les applications en les envoyant dans les nuages, l’hyperprotéiné en Open Source pour doper le TCO (Transforming Computer Obesity), le basses calories, très pauvre en nouvelles versions de logiciels et allégé en coûts de maintenance (dont on sait que c’est la première cause de mortalité des systèmes d’information), ou encore le régime californien, très riche en solutions de startup pas chères.

Le régime Wait Watchers, lui, serait basé sur le fait qu’avant de lancer chaque projet, on attendrait au moins six mois pour voir si les utilisateurs sont toujours si impatients de voir leur application enfin livrée. Probablement que, dans un cas sur, deux, ils se seront fait une raison, d’où une sacrée économie de lignes de codes dont on sait que, à l’instar du mauvais cholestérol, elles s’accumulent pour boucher les artères réseaux. Pourquoi ne pas également imaginer un régime crétois pour ceux qui ont beaucoup de dette technique à éliminer ? Ou encore le régime « Citron détox » qui laisse un goût amer quand on découvre la pauvreté des applications développées…

Je vous propose, pour savoir si votre système d’information est en surpoids, d’utiliser la même formule que pour les individus : l’indice de masse corporelle. Pour un individu, c’est le rapport entre le poids et le carré de la taille. Et pour un système d’information ? Plusieurs indicateurs, à suivre dans le temps, sont possibles : le rapport entre le nombre de lignes de codes et le carré du nombre d’utilisateurs (tiens, je suis curieux de faire le calcul…) ; le rapport entre le nombre d’applications et le carré du nombre de business units ou encore le rapport entre le nombre de réunions projets et le carré du nombre d’applications (avec celui-là, à coup sûr, on est tous en surpoids, limite obésité si les réunions s’éternisent…).

J’attends avec impatience les inévitables témoignages utilisateurs dont les promoteurs de régimes amaigrissants nous abreuvent, du style : « Moi, DSI, 45 ans, en surpoids informationnel depuis 2001, l’éclatement de la bulle Internet n’y ayant rien fait, j’ai adopté le régime Ducon®© et j’ai perdu en moins d’un exercice fiscal la moitié de mes applications, les deux-tiers de mes lignes de codes et mon budget a fondu d’un quart. Je me sens beaucoup mieux ! »

Tu m’étonnes ! Y’a plus qu’à s’y mettre…