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07 juin 2012

DAF, le retour des morts-vivants

sehiaud-finance.jpgOn dit que les morts-vivants sont des êtres morts qui continuent à se manifester. Cela me fait penser à notre directeur administratif et financier, en gros celui qui remplit des formulaires (c’est pour ça que leur métier s’appelle administratif, ne cherchez pas…) et qui compte les pièces jaunes.

Edgard Tadukash, qui a succédé à Hubert Henron (viré pour avoir un peu enjolivé les comptes, en collusion avec le commissaire aux comptes de Meyer-Sainou-Lémeyeur, viré lui aussi pour complicité), je l’ai bien sûr croisé dans nos comités de direction. Mais nous n’avons pas eu, depuis deux ans qu’il occupe son large bureau à l’étage de la direction (moi, je n’y suis pas…) de réels échanges sur la création de valeur liée au système d’information financier.

Ce sont plutôt mes équipes qui discutent avec les siennes des quelques évolutions fonctionnelles sur les outils de reporting, décisionnels ou de la couleur des tableaux de bord. Il faut dire que la direction financière ne figure pas parmi nos clients internes les plus actifs, elle a toujours ses vieux outils implémentés sous l’ancien régime (c’est comme ça que l’on appelle l’époque de mon illustre prédécesseur avant qu’il se fasse décapiter pour avoir tellement serré les coûts que les utilisateurs se sont révoltés contre les outils archaïques qu’ils devaient bricoler au quotidien).

C’est plutôt la logistique, la production (notamment nos plus grosses usines de Vatexibé-sur-Seine et de Mézidon-Danlemil), le marketing ou les ressources humaines qui sont des gros consommateurs du système d’information. Pour résumer, le DAF, côté SI, a plutôt fait le mort ces derniers mois.
Et voilà qu’il se réveille ! Il se trouve qu’Edgard Tadukash, lors du dernier comité de direction, m’a fait un cadeau. En général quand un DAF vous offre un cadeau, il est préférable de vérifier s’il ne va pas vous exploser en pleine figure. Mais là, non.

Il s’agissait d’une étude d’une quinzaine de pages sobrement intitulée « L’évolution de la fonction finance en 2011, enjeux, problématiques et meilleures pratiques ». Comme ledit comité de direction était d’un ennui à mourir (je n’ai pas été jusque-là, les morts-vivants c’est très peu pour moi…), je l’ai feuilletée. Edgard Tadukash n’a probablement pas osé m’adresser un e-mail agressif pour me faire part de ses récriminations, il a préféré agir de façon indirecte, le fourbe… Car cette étude, dont je vous recommande la lecture dresse un constat plutôt négatif pour nous DSI, quant à notre capacité à répondre aux besoins des DAF.

On y lit en effet que 44% des DAF ne sont pas satisfaits de la qualité du système d’information, qu’il s’agisse d’optimisation, de rapidité, d’indicateurs, de capacités  gérer des analyses sectorielles ou de la déclinaison des objectifs stratégiques… Idem pour la gestion multilingue à l’international ou la conformité aux normes comptables internationales. Qu’est-ce qui permettrait d’améliorer l’efficacité de la DAF ? Nos amis de la finance répondent qu’il leur faudrait recruter davantage de collaborateurs qualifiés, mieux former ceux qu’ils ont déjà, réviser leur modèle d’organisation, mieux répartir les tâches… 

Si on lit entre les lignes, nos amis les DAF avouent, à travers cette étude, qu’ils disposent d’une bonne proportion de bras cassés, qu’ils sont organisés n’importe comment, et qu’on ne sait pas qui est responsable de quoi. Edgard Tadukash voulait certainement que je prenne l’initiative de venir m’enquérir de ses besoins : mais on aura beau installer les meilleures logiciels dans une telle configuration organisationnelle, cela ne marchera jamais ! Je préfère que le DAF continue à faire le mort…sinon, c’est moi et mes équipes qui vont y laisser leur santé !

31 mai 2012

Les Trophées de la Loose

sehiaud-trophees.jpgJe ne sais pas pour vous, mais moi, j’adore les multiples Trophées remis aux DSI. On voit souvent des articles (y compris dans Best Practices, les pauvres ils s’y sont mis aussi…) sur les belles réussites de nos confrères, invités pour l’occasion à se faire rincer aux frais de sponsors dans des lieux où on ne se
mouche pas du coude. On reconnaîtra que les Trophées, prix, distinctions et autres Awards participent à la reconnaissance de notre dur labeur. Et lorsque l’on réussit à faire les choses bien, autant que cela se sache ! Ce n’est pas si souvent...

Après tout, on consacre bien le DG, le DAF ou le DRH de l’année. Il n’y a pas de raisons que l’on soit mis à l’écart. Déjà que nous le sommes, peu ou prou, au quotidien, dans nos entreprises : pour une fois que le management des systèmes d’information se retrouve sous les feux de la rampe ! Et que l’on peut orner l’une de nos étagères d’un objet (souvent immonde, c’est vrai…) représentatif de notre effort ou d'un diplôme coloré… Passons bien sûr sur les DSI qui reçoivent des distinctions prestigieuses, pour avoir mené à bien des projets difficiles alors que l’on sait pertinemment (c’est quelquefois de notoriété publique) que le reste du système d’information est dans un état de délabrement avancé. Mais « qu’importe le SI pourvu qu’on ait le Trophée ! » comme disait le grand penseur chinois Laô Tsour Singh. Et mon ami René Build, directeur d’exploitation de son état, surenchérirait : « Tant que ça risque de ne pas se voir, ça ne se voit pas… »

Mais vous serez sûrement d’accord avec moi : il est tout aussi important de savoir pourquoi un projet a réussi que de savoir pourquoi un autre a lamentablement échoué, et pourquoi le DSI s’est vautré grave. Et si on organisait les « Trophées de la Loose » ? Après tout, il existe bien les « Gérard » du cinéma pour récompenser les navets et leur équivalent aux États-Unis (les Razzie Awards), et les « Gérard » de la télévision pour élire les animateurs les plus crétins et les programmes les plus débiles. Il
ne manque plus que les « Gérard du management des systèmes d’information » ! Je me verrais d’ailleurs bien dans le rôle de Président du jury dans le cadre d’une telle initiative ! Non pas que j’aie des leçons à donner, bien au contraire. Mais parce que l’on doit quand même bien rigoler, même sur des dossiers à pleurer !


Imaginez le tableau à l’annonce des résultats, d’une brochette de DSI avec un masque sur le visage pour que leurs amis ne les reconnaissent pas : « The winner is… M. X, DSI qui tient quand même à rester anonyme pour ne pas passer pour un crétin auprès de ses chers collègues, et qui reçoit le Trophée de la Loose de la gestion intégrée pour avoir mis en place un PGI qui n’a jamais fonctionné,
allez savoir pourquoi. » Le Trophée de la Loose de la gouvernance « est remis à M. Y, qui, lui aussi, tient à conserver son anonymat salutaire, pour avoir désaligné le système d’information à tel point
que le comité de direction ne se souvenait même plus qu’il y en avait un dans l’entreprise ».

Ou encore : M. Z (encore un DSI discret), heureux bénéficiaire du Trophée de la Loose logistique « pour avoir mis un sacré bazar dans la chaîne d’approvisionnement de son entreprise en oubliant de développer 41,85 % des fonctionnalités qui auraient été pourtant bien utiles mais dont les spécifications sont restées dans un dossier oublié dans le métro ». On pourrait multiplier les catégories pour faire (dé)plaisir à un maximum de DSI.


Les Trophées de la Loose ? Voilà qui sonne bien aux oreilles (et qui nous les feraient siffler…) et serait pertinent pour tous les DSI. Reste à trouver un organisateur et des sponsors. On imagine facilement qu’aucun des sponsors habituels des multiples trophées que l’on connaît ne se risquerait à mettre un sou pour voir son logo adossé à une série de fiascos. Surtout si certains sont responsables desdits fiascos !

25 mai 2012

La cote du DSI remonte la côte

sehiaud-numara.PNGJ’ai reçu de la part d’un éditeur de logiciels via e-mailing une amusante publicité qui m’explique comment remonter « la cote du département informatique ». Bon déjà, nous voilà rabaissé à un simple « département informatique » alors que, quand même nous valons mieux… Le docte éditeur (Je le nomme pas, mais les collaborateurs de Numara Software ne m’en voudront pas) décrit très bien notre métier : « Ce n'est un secret pour personne, les requêtes adressées au département informatique ne cessent d'augmenter et le travail qu'il assure semble passer inaperçu.


Vous devez gérer une très grande diversité de processus, d'outils et de solutions pour surveiller et gérer les biens et les services informatiques. Outre ce véritable chaos de fournisseurs et de processus à gérer, vous devez également respecter le budget et offrir le meilleur service client possible. Une réalité familière et un défi impossible ? Oubliez un moment le chaos et découvrez comment transformer l'impossible en possible avec Numara Cloud. Remontez la cote du département informatique en mettant en place une seule interface panoramique pour toutes les exigences en matière de gestion des services et des actifs. Votre budget sera plus équilibré et vos utilisateurs plus heureux
. » Hé ben, quel programme ! Ca c’est du marketing vendeur ! Et quelle perspicacité les « requêtes » qui augmentent ?

Bien vu, nos clients internes n’arrêtent jamais, même si on place, à l’entrée de la DSI un panneau indiquant que pour toutes les « requêtes », il faut parler dans l’hygiaphone…. « Notre travail « semble passer inaperçu » ? Je ne mettrai pas de nuance, il passe vraiment inaperçu ! Gérer un « chaos de fournisseurs » et de processus ? Ce n’est rien de la dire… Toutefois, cette publicité présente quelques allures mensongères : on ne peut jamais oublier le chaos (sauf si l’on fume des substances illicites et encore, gare au retour à la réalité) et il n’est pas possible de « rendre les utilisateurs plus heureux »… Même avec des substances illicites. Il s’en trouvera toujours (au moins) un pour nous casser les pieds…

 

18 mai 2012

Retour vers le futur

sehiaud-cristal.jpgHeureusement que nos chers fournisseurs phosphorent pour nous et imaginent notre futur. S’ils ne tenaient qu’à nous, nous nous en remettrions au destin. En clair, nous n’en aurions à faire de l’évolution de notre système d’information et vivrions au jour le jour… Comme disait le célèbre économiste John Maynard Keynes, Lord de son état : « A long terme, nous serons tous morts. » IBM a publié en décembre dernier « IBM Five in Five », la liste des « cinq innovations susceptibles de transformer nos façons de travailler, de vivre et de nous divertir dans les cinq prochaines années. » Bigre ! Comme le disait le non moins célèbre économiste chinois San Su Tzou : « Ça vaut quand même le coup d’y jeter un coup d’œil… »

Voici la première de ces cinq innovations : « Nous pourrons alimenter nos maisons avec de l'énergie que nous produirons nous-mêmes via la marche, le jogging, le cyclisme, via la chaleur dégagée par nos ordinateurs et même grâce au mouvement de l’eau dans nos canalisations… » C’est une vraie innovation ! Imaginez l’énergie dépensée, que dis-je, gaspillée, par nos collègues qui marchent dans les couloirs de l’entreprise pour aller assister à des réunions qui ne servent à rien. Sans parler de la chaleur dégagée par leurs cerveaux dès lors qu’il faut concocter des Powerpoint à n’en plus finir, ou de la chaleur dégagée par les doigts s’agitant frénétiquement sur leur BlackBerry lorsqu’ils s’ennuient dans ces mêmes réunions où il ne se passe rien… Certains sont de vraies centrales électriques tellement ils mettent du cœur à l’ouvrage pour imaginer comment ils pourraient en faire moins pour gagner plus ! Imaginez aussi que la chaleur de nos ordinateurs et nos serveurs que nous avons acquis à chaque fois qu’il fallait mettre en production une nouvelle application soit transformée en énergie ! Ça en fait des kilowatts…

Seconde innovation pronostiquée par IBM : « Nous n’aurons plus besoin de mots de passe : nos caractéristiques biologiques nous serviront bientôt de clés grâce à la reconnaissance vocale, rétinienne et plus généralement, aux données biométriques. » Plus besoin de mots de passe ? Mais c’est déjà le cas ! Nos utilisateurs les notent tellement sur des bouts de papier à côté de leur écran que son supprimait les mots de passe, la sécurité de nos systèmes d’information n’en serait guère affectée. Quant à la biométrie, j’ai une préférence pour la reconnaissance vocale. On pourrait par exemple paramétrer l’accès à nos applications, pour chaque utilisateur, avec la reconnaissance vocales de phrases telles que : « C’est quoi le mot de passe collectif du service, déjà, chef ? » ou « C’est quoi ce bordel, je n’arrive pas à me connecter ! », ou bien : « Ce sont encore les bœufs de l’informatique qui ont changé les mots de passe sans nous le dire ? »

D’après IBM, nous verrons arriver une troisième innovation : « La télépathie sortira du domaine de la science-fiction : nous pourrons contrôler nos terminaux par la pensée grâce aux progrès de la « bio-informatique ». La télépathie fait d’ores et déjà partie de notre quotidien. Je ne sais pas pourquoi, mais je sais à l’avance quand les ennuis vont pleuvoir sur la DSI et ce que l’on va me dire pour refuser les budgets ou m’imposer des projets… Si ce n’est pas de la télépathie avec la DG et le DAF !

Autre innovation prévisible : « La fracture numérique ne sera plus : dans cinq ans, 80 % de la population mondiale actuelle possédera un terminal mobile. Le développement de cette technologie permettra d’atténuer les inégalités en termes d’accès à l’information. » Je vous le dit : c’est l’aboutissement des emmerdements pour les DSI. Si cette « innovation » se réalise, il vaut mieux changer de métier… Nous aurons des milliards d’utilisateurs qui exigeront de connecter à nos systèmes d’information leurs terminaux, dont la plupart seront dignes des poubelles à recyclage de déchets électroniques.

Enfin, nous prédisent les experts d’IBM : « Les courriers indésirables deviendront des courriers prioritaires, avec des solutions analytiques permettant d’intégrer en temps réel l’ensemble des données disponibles sur une personne afin de lui proposer et de lui recommander les informations qui lui seront les plus utiles. Dans cinq ans, les publicités non sollicités seront si pertinentes que la notion même de spam pourrait disparaître. ». Là, c’est clair, nous ne travaillerons plus du tout, trop occupés à trier des e-mails et ces « publicités si pertinentes » ! Au moins, nous serons tranquilles…

20 février 2012

Des prévisions pas technologiques mais qui vont arriver quand même...

sehiaud-voyante.jpgIl y a des événements auxquels on n’échappe pas. Ainsi, chaque année, les cabinets d’études de marché et les fournisseurs communiquent avec enthousiasme pour nous faire part de leur vision technologique. Ce genre d’exercice se traduit par des informations du style « les dix prévisions technologiques dont vous avez oublié qu’on vous a servi les mêmes l’an dernier », « les dix prévisions qui nous arrangent parce que l’on a des solutions à vous vendre comme par hasard on ne l’a pas fait exprès, parole de commercial », ou encore « les dix prévisions dont vous ne pourrez pas dire qu’elles ne vont pas se réaliser tant elles sont évidentes ». C’est la technique bien connue des astrologues pour embobiner et fidéliser leurs clients. Hélas, souvent, pour nous autres DSI, ces prévisions ne nous sont guère utiles, en dehors de briller lors des dîners en ville. Aussi, je vous propose ma propre liste de prévisions que l’on pourrait intituler « Les huit prévisions qui vont vraiment vous tomber dessus, parole de DSI ! ».

• Les DAF vont augmenter leur propension à nous casser les pieds. Hélas, c’est plus qu’une prévision, c’est une certitude et ils ont déjà commencé. 2012 est arrivée à grands pas et les DAF ne passent pas pour une population vraiment créative et aventurière…

• Nous allons inventer un nouveau concept : le schéma directeur va être remplacé par un schéma giratoire. C’est normal, le premier indique une direction à suivre, mais comme la direction (générale) ne sait plus trop où elle va, il est pertinent d’élaborer le prochain schéma giratoire du SI : puisque la stratégie de l’entreprise tourne en rond, que la DG et les directions métiers ne savent plus quelle sortie emprunter, autant que le SI tourne en rond lui aussi. Au moins tout le monde sera aligné et tournera dans le même sens !

• Une nouvelle norme ISO va apparaître. On connaît la panoplie des normes ISO que l’on doit plus ou moins respecter, au moins pour obtenir des certifications que l’on rangera dans un placard. Une nouvelle norme va apparaître : la norme ISO budget. Le principe est simple : les DSI doivent conserver le même budget d’une année sur l’autre. Si on ne respecte pas cette nouvelle norme ISO ? Vous pourrez toujours vous reporter à la norme ISO 3529 (elle existe), celle qui régit la « technique du
vide » en milieu industriel. Elle peut aussi s’appliquer aux DSI, priés de vider leur bureau.

• Nous répondrons plus fréquemment à la question exprimée par l’un de nos collègues managers à propos du système d’information : « C’est quoi ce bordel ? » Même si ce n’est pas de la faute du DSI, les directions métiers, qui oublient vite qu’elles n’ont pas assez investi par le passé, vont découvrir les
conséquences de leur frilosité à moderniser leurs applications. Et reporter la responsabilité sur la DSI, bien sûr…

• On doit se préparer à une catastrophe. Il y a bien un utilisateur qui va faire une connerie. À force de nous expliquer que le BYOD (Bring Your Own Device) est l’avenir pour simplifier la gestion de parc, les utilisateurs, surtout à l’heure de l’Internet des objets et autres objets communicants, vont exiger de connecter leur quincaillerie au système d’information. Je crains que l’on ne commence par les consoles de jeux, voire les cafetières qui envoient des mails pour prévenir qu’il faut ajouter de l’eau.

• Nous devrons davantage lutter contre ceux qui veulent gérer eux-mêmes leurs applications métiers. Facile de souscrire à une application en SaaS… Tellement facile qu’il nous faudra contrôler tous ceux qui vont céder aux sirènes des éditeurs leur expliquant qu’on peut se passer des bras cassés de la DSI pour être enfin efficaces, avec des budgets raisonnables. Sinon, à l’instar du BYOD, on pourra inventer,
pour nos directions métiers, le DATAM (Démerde-toi Avec Tes Applications Métiers).

• Les fournisseurs vont devenir plus nerveux. Cela va se traduire par la multiplication des audits de licences et par une tendance, de la part de nos prestataires, à incruster leurs équipes dans nos murs. Je me suis laissé dire que Best Practices publiera dans un de ses prochains numéros un article pour sortir de cette situation qui peut devenir scabreuse.

• Une dernière prévision, facile celle-là. À la fin 2012, on ne sera pas plus avancé sur notre reconnaissance. Donc pas de faux espoirs, mes chers collègues, en 2012, comme en 2011, comme en 2010, comme en 2009, comme en 19xx et 20xx, les DG n’en auront toujours rien à faire du SI… •

15 février 2012

Va te faire benchmarker chez les Grecs !

sehiaud-acropole.jpgFinalement, l’idée des Grecs de vendre leur patrimoine pour payer leurs dettes n’est pas si idiote. Il m’est souvent venu cette idée en tête. Quand on considère, en effet, le niveau de la dette technique que l’on a accumulée au fil des années, à force d’empiler les applications, de négliger le nettoyage du code développé par nos équipes qui avaient plus en tête le calcul de leur RTT que l’objectif de pérennité du système d’information et d’opter pour la solution de facilité qui consiste à payer des factures de tierce maintenance applicative, on se trouve dans une impasse. Sûr que si une agence de notation des systèmes d’information voyait le jour et scrutait l’état de notre système d’information, nous ne serions pas triple A.

À la rigueur (nous aussi on en a), nous atteindrions le niveau « Triple Andouille » pour avoir laissé filer les choses. Ou « Triple Buse » pour avoir cédé aux sirènes des fournisseurs qui nous ont incités à investir toujours plus au lieu de nettoyer l’existant. Mais tout n’est pas de notre faute. Comme les Grecs, nous avons été confrontés à la fraude fiscale (des utilisateurs qui consomment nos services sans les payer à leur juste prix), à la corruption (avec des directions métiers qui ont su nous convaincre que leurs projets devaient passer avant ceux des autres) et à une certaine douceur de vivre due au climat particulièrement clément de la DSI (avec des collaborateurs qui travaillent quand ils ont le temps).

Tout comme les Grecs, pour éviter d’en arriver à une telle extrémité, on peut adopter trois stratégies. La première consiste à s’endetter encore plus, en rejetant sur les générations futures de DSI les problèmes qui ont eux-mêmes été créés par les DSI qui nous ont précédés (si on les retrouve, ceux-là, je veux bien leur dire deux mots…). La deuxième : inciter ceux qui « notent » le système d’information, en clair les utilisateurs, les directions métiers et la direction générale, à ne pas trop dégrader notre image. Là, ce n’est pas gagné. Nos dernières enquêtes de satisfaction auprès de nos utilisateurs montrent une certaine dégradation : comme diraient les météorologues, on s’oriente vers une élévation des pressions qui devrait aboutir à une sécheresse du dialogue suivie, lorsque l’anticyclone montrera des signes de faiblesse, de pluies de récriminations qui ne suffiront pas à reconstituer la nappe phréatique de notre capital confiance. Troisième stratégie : convaincre plus de touristes de venir passer
leurs vacances dans le système d’information.

Mais là, on a déjà fait le plein : tout le monde à un poste de travail, voire deux, voire même trois avec les smartphones, voire quatre, avec les zozos du comité de surveillance qui ont réclamé des iPad pour montrer à leurs amis du CAC 40 que, eux aussi, ils sont intégrés dans l’entreprise numérique.

On s’en doute, aucune de ces stratégies ne peut fonctionner. La seule issue est donc de vendre notre patrimoine. Encore faut-il qu’il vaille quelque chose ! Hélas, à la différence des Grecs, il nous est difficile de jouer la carte archéologique. On se voit difficilement faire la promotion de notre système d’information en expliquant que le Parthénon de notre application de relation client était déjà utilisé il y a trois siècles (du temps du Web -4.0), que c’est en creusant pour consolider les fondations d’une nouvelle application que l’on a découvert les vestiges d’un ancien système expert dont l’intelligence artificielle n’a rien à envier aux dernières trouvailles des génies du Web 2.0, que les ruines de notre application logistique, si bien conservée après toutes ces années, sont en fait une oeuvre d’art à laquelle il convient de ne pas toucher, ou encore que dans les « théâtres antiques » du système d’information se jouent des réunions de pilotage de projets qui n’ont rien à envier aux tragédies grecques…

En attendant de vendre notre patrimoine à un infogérant amateur de vieilles pierres et pas trop regardant sur l’état de conservation de ce qu’il achète, on peut être sûr d’une chose : le DSI-Colosse
de Rhodes, réfugié sur son Mont Olympe (là où habitaient les dieux), n’a pas fini de courir le marathon.

27 septembre 2011

DSI, Sex and Sun

sehiaud-sea.jpgLes lecteurs  avertis vont me rétorquer que le titre choisi pour cette chronique a déjà été utilisé dans l’ouvrage DSI.con. Mais c’est tellement d’actualité… En effet, les vacances approchent et le soleil avec. Rien à voir avec la sécheresse de nos budgets, l’ensoleillement des dividendes versés à nos actionnaires ou la chaude atmosphère qui assèche notre énergie et nous fait suer. Convenez-en : cette année encore, nous aurons bien mérité nos vacances.

Le premier semestre a été particulièrement épuisant : entre ceux qui annoncent la reprise et nous bombardent de projets et ceux qui affirment que la crise est toujours là et qu’il faut encore réduire nos budgets, entre ceux qui veulent nous « cloudiser » sur l’autel de la modernité et ceux qui nous cassent les pieds pour que nous réinternalisions tout notre système d’information pour ne pas le laisser entre les mains de méchants américains qui en veulent à nos données personnelles ; entre ceux qui veulent profiter d’une embellie sur le marché de l’emploi des compétences IT pour aller voir ailleurs si les projets sont plus verts et ceux qui, se sachant incasables, s’accrochent à leur poste comme le commercial d’un éditeur de logiciels à ses commissions trimestrielles…

Bref, les dossiers épineux ne manquent pas. J’ai appris que le soleil a des effets positifs sur l’humeur. Il paraît que la lumière du soleil, lorsqu’elle atteint le fond de l’œil, déclenche un message nerveux transmis au cerveau, ce qui augmente le flux de sératonine, substance tout à fait bénéfique pour être de bonne humeur. C’est le même principe que les antidépresseurs (dont j’ai trouvé une boite qui trainait dans la salle d’exploitation, je ne sais toujours pas à qui elle appartient, ils sont tous plus ou moins déprimés dans ce service…).

Donc, du soleil, il nous en faut, malgré nos bureaux sans fenêtres et climatisés. Et manque de chance, notre direction générale, elle aussi, s’accroche. Une étude publiée par le cabinet de conseil Booz & Company nous révèle qu’en 2010, le taux de renouvellement des dirigeants des 2 500 plus grandes entreprises cotées au monde a enregistré sa plus forte baisse annuelle (19 %) depuis une décennie, tombant à 11,6 %. Il ne manquait plus que ça ! Chez nous, c’est même 0 % tant les membres du comité de direction s’arriment à leur fauteuil en attendant des jours meilleurs. (...)

(Lire la suite dans le n° 70 de la revue Best Practices Systèmes d'Information)

21 septembre 2011

ISO, Cobit, Itil, CMMi, SOX, XBRL… What else ?

sehiaud-clooney.jpgCela fait au moins la dixième fois que je lis que les DSI sont les managers les plus importants dans une entreprise. Je suis assez d’accord mais tout le monde ne partage pas cet avis. Les DRH ne manquent jamais de clamer que sans gestion des ressources humaines une entreprise ne peut pas tourner. Les DAF affirment que ce sont eux qui sont les plus importants puisqu’ils tiennent les cordons de la bourse. Même notre standardiste ou le responsable des services généraux peuvent aussi revendiquer le titre de métier le plus stratégique d’une entreprise, et ce n’est probablement pas complètement faux.

– Vous autres, les DSI, vous vivez dans un monde beaucoup plus stable que le nôtre, m’assurait Georges, l’un de mes amis qui exerce le métier de directeur financier dans une grande entreprise de services venu me rendre une visite. Un métier dont il est persuadé qu’il est le plus exposé de tous dans les organisations, tant les nouvelles réglementations fiscales, comptables et de mise en conformité sont contraignantes.

– Certes, mais à côté de ce que nous vivons, le métier de DAF paraît franchement plus facile ! lui répondis-je.

– Olivier, donne-moi une seule raison pour laquelle le métier de DSI serait aussi stressant et compliqué que celui de DAF ! rétorqua mon ami fendu d’un sourire qui laissait bien transparaître une impression de victoire.

– Je ne vais pas t’en donner une....

– Ah ! Tu vois, tu es déjà à court d’arguments pertinents !, lança-t-il l’air assuré du triomphateur.

– ... mais au moins dix !

Je commence à lui expliquer que je n’ai aucune visibilité dans les technologies à venir. Du mainframe au Web 2.0, chaque vague technologique a été très perturbante et leurs effets se cumulent. Pire, les périmètres que je dois couvrir se métamorphosent à vue d’œil ! Fusions-acquisitions, implantations dans de nouveaux pays, nouveaux produits... Tout cela impose une reconfiguration permanente des SI.

– Quant à nos équipes, elles ont la bougeotte, ajoutai-je. Il est déjà difficile de recruter les meilleurs ingénieurs, mais la pénurie de ressources actuelle complique bien la vie. Les sociétés de services et nos concurrents ne se privent pas de puiser dans notre vivier de talents !

– Dans la finance, c’est pareil. Cela fait six mois que je cherche un spécialiste de la norme XBRL !

– Sans oublier que nous devons en permanence adapter nos systèmes d’information au gré des changements de stratégie des directions générales, poursuivis-je. Et nos utilisateurs ! Ceux des nouvelles générations, nés avec les PC, le mobile, les réseaux sociaux, les consoles de jeu et Internet nous challengent en permanence pour que les systèmes d’information soient « plus funs, plus compétitifs » et s’adaptent à eux. Je préférerais l’inverse !

– Moi aussi. Je te rappelle que ce sont les DAF qui, in fine, règlent les factures, précisa mon ami Georges, un brin vexé.

– Quant à nos fournisseurs, ils se concentrent à la vitesse de la lumière ! Comment prévoir qui va racheter qui dans six mois ou un an ? Sans oublier mes projets, tous stratégiques, bien sûr ! Ceux arrivés à leur terme seront immanquablement bouleversés par un changement dans la stratégie produit ou commerciale. Ou les directions métier auront « oublié » de demander telle ou telle fonctionnalité. Bien sûr indispensable...

- Nous, les DAF, devons maîtriser quantité de concepts qui se cachent sous des sigles : MSI 20000, IFRS, IAS, XBRL…

– Même pas peur ! Nous on doit en digérer des quantités bien plus importantes : ISO, Cobit, CMMI, Itil, Togaf, Cisq, OGC, OPM... Á chaque année sa nouvelle méthodologie que l’on doit appliquer sous peine de passer pour ringard ! Et l’on doit être « compliant » dans toutes les couches du système d’information.

– Ah ? Toi aussi tu dois être « compliant » ? Je ne l’imaginais pas à ce point. Bienvenue au club, me lança Georges, découvrant avec émotion qu’il n’est pas le seul à supporter le lourd fardeau que nos législateurs nous imposent.

Nous sommes finalement tombés d’accord : toute la difficulté de nos métiers respectifs ne vient-elle pas des juristes et autres « standardisateurs » qui nous obligent à respecter des tas de principes pas toujours très pertinents ?

– Si un jour je croise les duettistes Sarbanes & Oxley, je ne suis pas certain de me retenir de leur envoyer un bon coup de boule dans le reporting ! m’annonce mon collègue DAF.

- Mets en un de plus, avec mes compliments, lui suggérai-je.

Notre discussion s’est arrêtée au moment où le directeur juridique pointait son nez dans le couloir.

- Alors, quoi de neuf ? lui ai-je demandé.

- Pfff… j’ai du boulot à n’en plus finir, nous avons un métier tellement difficile : heureusement que nous sommes reconnus, nous les juristes, comme des managers stratégiques pour l’entreprise !

Il n’a pas compris ce qui a déclenché notre éclat de rire…

 

06 septembre 2011

Le bal des casse-pieds

ratings-couvHD.jpg« This is the end… » On connaît la chanson culte du film non moins culte Apocalypse Now. On a l’impression que ce refrain résonne dans la tête de tous les commerciaux des éditeurs de logiciels et des intégrateurs. Lorsque la fin du mois arrive, on soupçonne que l’apocalypse n’est pas loin si les commerciaux n’ont pas fait leurs chiffres trimestriels…

De quoi faire râler les actionnaires et autres fonds de pension dont l’indice de satisfaction est indexé sur le nombre de licences et d’avenants signés au cours des trois derniers mois ! Conséquence de ce regain de fébrilité parmi ces vendeurs : ils décrochent leur téléphone et appellent tous les DSI de leur carnet d’adresse pour vérifier si, au cas où, nous n’aurions une petite mission à leur confier ou quelques postes de travail en plus à équiper avec leurs produits. Si le DSI n’est pas disponible ou injoignable, la nuée de coups de fil s’abat sur tous les collaborateurs de la DSI qui ont autre chose à faire que d’écouter leurs discours formatés. Et nos chers fournisseurs sont très doués pour trouver les numéros directs ou les structures de nos e-mails.

Donc, à chaque fin de trimestre, à partir du 15, nous nous préparons à recevoir les envahisseurs. Soyons clairs : il ne s’agit pas de bouter hors des murs de la DSI tous les fournisseurs qui nous appellent, nous avons besoin d’eux pour nous suggérer des idées sur ce que l’on peut faire avec leurs solutions, ou ce que leur expertise peut nous apporter. Non, il s’agit plutôt de ceux qui, comme dans n’importe quel métier (que l’on songe aux agents immobiliers, aux vendeurs de voitures, d’assurance-vie…) qui en font trop, en espérant nous faire craquer pour « leur solution leader et révolutionnaire. » Tout comme les japonais sont préparés à des tremblements de Terre, savent comment agir, les DSI devrait être prêts à gérer les casse-pieds. Nous avons donc établi une liste de ces casse-pieds que nous finissons par identifier.

Certes, la première fois, il faut un volontaire pour essuyer les plâtres, si l’on ne méfie pas face à une nouvelle tête envoyée au front par son employeur pour nous vendre la panoplie complète du DSI (des licences à n’en plus savoir qu’en faire, des contrats de maintenance surdimensionnés, des consultants en léger surnombre…).  Tous les noms, associés à leur numéro de téléphone, sont ainsi programmés sur nos propres postes : dès que l’un appelle, le terme « casse-pied » (certains préfèrent d’autres termes moins diplomatiques…) clignote sur le mini-écran du téléphone et l’importun bascule sur le répondeur qui, lui, a le temps d’écouter. J’aurai voulu développer des applications plus complexes mais plus rigolotes : par exemple, leur demander de laisser leur message avec un numéro surtaxé et nous aurions partagé les bénéfices en fin d’année.

Mais la direction financière nous l’a interdit. « Pas de caisse noire dans le Groupe », nous a-t-on expliqué. Autre exemple, décliner le principe du dîner de con, mais, hélas, nous n’avons guère le temps. Le principe serait de repérer, parmi les commerciaux que l’on nous envoie, un excellent spécimen avec, si possible, une haute idée de lui-même, une forte propension à parler une langue de bois que même des bûcherons chevronnés ne parviendrait pas à scier sans du matériel lourd, et une méconnaissance chronique des offres qu’il est censé vendre. Et de l’inviter à une réunion pour nous présenter ses solutions.

Quelques collègues DSI (qui disposent d’un peu plus de temps que nous) pratiquent ce genre d’exercice : en général, les victimes repartent assez dépitées et ne reviennent pas sans un bon motif. Nous disposons, depuis quelques semaines, d’un nouvel outil : les Ratings Best Practices, gros document qui évalue les fournisseurs. L’un des critères concerne le « niveau de pression commerciale. » C’est joliment dit, mais, en réalité, il s’agit d’un bon indicateur de « la propension d’un fournisseurs à casser les pieds à ses clients ». Nous avons donc la liste : tous ceux qui ne sont pas notés AAA sont suspects de vouloir venir nous casser les pieds. Vous voulez la liste des moins disciplinés ? Allez je vous la livre : Ac…, Ad…, Ag…, Al… Non, en réalité, je vais garder l’info pour nous et pour ceux qui ont eu la bonne idée de se procurer les notes détaillées. Mais, promis, la prochaine fois, je balance les noms !

 

 

31 août 2011

Roulez bolides !

sehiaud-bulle.jpgOn ne devrait jamais lire la presse économique. C’est déprimant. Comme je n’avais rien à faire (!) entre deux réunions de pilotage avec mes équipes et quelques nouveaux prestataires à coacher, je me suis plongé dans l'un des derniers numéros du mensuel Capital et dans le magazine non-moins mensuel L’Expansion. Dans le premier, un article nous prévient : « Au secours, la bulle Internet revient ! ». Et de nous décrire une situation complètement extravagante. Je vous avais déjà entretenu, dans une précédente chronique, de ce décalage entre le monde des start-up et celui des systèmes d’information, en soulignant le fait que nous, DSI, ne pourrions jamais utiliser les mêmes techniques que ces jeunes pousses pour ramener des millions d’euros de financement : en gros, un simple petit Powerpoint pour mettre la main sur un gros pactole.

Ne rigolez pas, ca existe. Un investisseur raconte, dans le numéro de Capital : « Lors d’une réunion récente, j’ai vu tous les investisseurs se précipiter vers des projets de sites de location entre particuliers qui ne tenaient que sur un Powerpoint, sous prétexte que l’un d’eux a plutôt réussi ». Dans L’Expansion, un article, qui affirme que « les dollars sont de retour dans la Silicon Valley », donne la parole à un créateur de start-up qui, lui, a juste résumé son projet (un service communautaire d’e-learning) sur un site d’investisseurs : « Le lendemain, j’étais submergé d’appels, j’ai dû refuser des rendez-vous », explique-t-il. Tout cela serait sans importance, et même risible de voir tant d’insouciance dans les business modèles, tant de crédulité chez les investisseurs dans les capacités de certains créateurs de start-up (pas tous, heureusement) à développer des entreprises pérennes qui créent de la valeur pour leurs clients.

Le problème est que cette situation, qui nous ramène dix ans en arrière, va avoir, à terme, des conséquences concrètes pour les DSI. En tout cas, je me pose des questions existentielles. On peut en identifier quatre (...).

(Lire la suite dans le n° 66 de la revue Best Practices Systèmes d'Information)